Pesticides et sous-produits dans l'eau du robinet de Montréal
Ce que la Ville mesure au robinet
L'eau de Montréal est puisée dans le fleuve et le lac Saint-Louis, traitée aux usines Atwater et Charles-J.-Des Baillets et distribuée à Montréal, Montréal-Ouest, Mont-Royal et, depuis 2025, Montréal-Est. Chaque printemps, le Service de l'eau publie un sommaire annuel en PDF : pour chaque paramètre, le minimum, la moyenne et le maximum de l'année, ou le maximum mesuré dans le réseau pour les composés organiques. Aucun jeu de données ouvert n'existe ; MTL Stats a relevé les chiffres des dix rapports, de 2016 à 2025, et les trace ici à raison d'une valeur par an.
Vingt-cinq pesticides sont dosés dans le réseau, dont le glyphosate, l'atrazine, la simazine, le 2,4-D, le dicamba, le métolachlore, le chlorpyrifos, le diazinon, le diuron, le malathion, le bromoxynil, le diquat et le paraquat. Les cinq qui comptent le plus pour la région et qui sont aussi suivis dans les rivières agricoles ont leur courbe ; le compteur donne le nombre de pesticides détectés dans l'année, tous confondus. Les trihalométhanes et les acides haloacétiques, formés par la chloration, et les nitrates complètent la page.
Ce que l'analyse indépendante de 2026 a trouvé
En juin 2026, Vigilance OGM a fait analyser l'eau du robinet de trente villes par le Laboratoire d'analyses environnementales de l'Université de Montréal (équipe de Sébastien Sauvé), avec une méthode mille à cent mille fois plus fine que celle du laboratoire municipal et une quarantaine de substances recherchées, métabolites compris. À Montréal, dix-huit pesticides et produits de dégradation ont été détectés dans un seul prélèvement, pour une somme de 0,363 µg/l. Le premier est le métolachlore-ESA, un produit de dégradation du S-métolachlore, à 0,153 µg/l, une fois et demie la norme européenne par pesticide ; suivent le métolachlore-OA (0,089 µg/l), l'atrazine (0,042 µg/l) et ses métabolites, puis le S-métolachlore lui-même (0,026 µg/l). Le glyphosate, lui, n'a pas été détecté à Montréal même par cette méthode (limite 0,005 µg/l), alors qu'il l'a été à Québec, Ottawa ou Sherbrooke entre 0,008 et 0,035 µg/l. Longueuil, alimentée par le même fleuve, donne un profil presque identique (0,364 µg/l) ; Laval, qui puise dans la rivière des Mille Îles et la rivière des Prairies, est seize fois plus basse (0,022 µg/l).
Ces chiffres apparaissent sur la page sous les boutons Montréal, Longueuil et Laval, analyse UdeM 2026, à côté de ceux de la Ville : mêmes grandeurs, mêmes normes, mais un seul prélèvement, un point sur chaque courbe. Le menu Autre ville donne les vingt plus grandes autres villes testées : quinze de la campagne de juin 2026 (Québec, Gatineau, Sherbrooke, Lévis, Trois-Rivières, Repentigny, Saint-Jérôme, Mascouche, Châteauguay, Rimouski, Victoriaville, Rouyn-Noranda, Saint-Georges, Val-d'Or, Alma) et cinq de la campagne de l'été 2024 en Montérégie (Saint-Jean-sur-Richelieu, Granby, Saint-Hyacinthe, Sorel-Tracy, Chambly), où le glyphosate atteignait 2,0 à 2,5 µg/l, vingt à vingt-cinq fois la norme européenne mais cent fois sous la norme québécoise ; pour ces cinq villes seuls le glyphosate, l'AMPA et la somme ont été publiés. Repentigny (0,160 µg/l de métolachlore-ESA), Châteauguay et Longueuil partagent le profil montréalais ; Québec, Gatineau ou Sherbrooke ont dix fois moins de pesticides mais, elles, du glyphosate mesurable, entre 0,009 et 0,032 µg/l. Le règlement québécois n'exige aucune analyse de métabolites dans l'eau potable, de sorte que le métolachlore-ESA, principal pesticide du robinet montréalais, n'apparaît dans aucun rapport de la Ville. Le ministère de l'Environnement a répondu à Radio-Canada que ses données ne montrent aucun enjeu sanitaire et que la norme du métolachlore (35 µg/l) pourrait être revue ; Santé Canada réévalue le métolachlore et ses métabolites.
Lire ces courbes
Côté Ville, sur dix ans, un seul rapport signale des pesticides au robinet : en 2017, l'atrazine et le 2,4-D ont atteint 0,3 µg/l, dix fois sous la norme québécoise de l'atrazine mais trois fois la norme européenne de 0,1 µg/l par pesticide. Toutes les autres années sont « non détecté ». Ce verdict dépend de la finesse du laboratoire : la limite de détection rapportée est de 0,1 à 0,7 µg/l pour la plupart des pesticides, mais de 10 µg/l pour le glyphosate, cent fois la norme européenne. L'atrazine, « non détectée » par la Ville en 2025 sous 0,3 µg/l, est mesurée par l'UdeM à 0,042 µg/l en 2026 : les deux résultats sont compatibles, et montrent ce que « non détecté » veut dire.
Pour les trihalométhanes, la norme québécoise de 80 µg/l porte sur la moyenne annuelle, tracée en premier ; le maximum mesuré dans l'année, tracé ensuite, l'a dépassée en 2017, 2020 et 2025 sans que la moyenne ne le fasse. Les nitrates restent autour de 0,3 mg/l d'azote, quarante fois sous la norme.
Trois normes sur chaque courbe
En bleu, la norme du Québec (Règlement sur la qualité de l'eau potable, Q-2, r. 40) ; en rouge, la concentration maximale acceptable de Santé Canada, quand elle existe (celle du métolachlore a été retirée en 2022) ; en ambre, la valeur de l'Union européenne (directive 2020/2184) : 0,1 µg/l par pesticide, 100 µg/l de trihalométhanes, 60 µg/l d'acides haloacétiques et 50 mg/l de nitrate, soit 11,3 mg/l exprimés en azote. Le plomb au robinet, mesuré maison par maison, a sa propre page.
Questions fréquentes
- Pourquoi une seule valeur par an ?
- La Ville ne publie que le sommaire annuel : minimum, moyenne et maximum de l'année, ou maximum mesuré. Les résultats individuels ne sont pas diffusés.
- Le glyphosate est-il vraiment absent de l'eau du robinet ?
- La Ville ne l'a jamais détecté, mais avec une limite de 10 µg/l. L'analyse indépendante de juin 2026, deux mille fois plus fine (0,005 µg/l), ne l'a pas trouvé non plus à Montréal, Longueuil ni Laval, alors qu'en 2024 dix villes de Montérégie alimentées par la Yamaska ou le Richelieu en avaient entre 2,0 et 2,5 µg/l. Le fleuve dilue beaucoup ; la présence varie fortement selon la saison d'épandage et la pluie.
- Qu'est-ce que le métolachlore-ESA ?
- Un produit de dégradation du S-métolachlore, herbicide du maïs et du soya, très soluble et persistant. Il n'a de norme ni au Québec ni au Canada ; en Europe, la limite de 0,1 µg/l par pesticide s'applique aux métabolites jugés pertinents. À Montréal il atteint 0,153 µg/l en juin 2026.
- D'où viennent les trihalométhanes ?
- De la réaction du chlore de désinfection avec la matière organique de l'eau brute. Ils augmentent l'été, quand l'eau est chaude et riche en matière organique, d'où un maximum annuel bien plus haut que la moyenne.