L'eau brute : ce qui entre dans les prises d'eau de Montréal
Qu'est-ce que l'eau brute ?
L'eau brute est l'eau telle que l'usine la pompe dans la rivière, avant tout traitement : ni décantation, ni filtration, ni ozonation, ni chlore. Montréal la puise dans le lac Saint-Louis et le fleuve, aux usines Atwater et Charles-J.-Des Baillets, puis dans la rivière des Prairies et le lac des Deux Montagnes pour les usines de Pierrefonds et de Pointe-Claire. Ce qu'elle contient dépend de ce qui arrive d'amont : les Grands Lacs par le fleuve, l'Outaouais par le lac des Deux Montagnes, et les rivières agricoles de la Montérégie, dont la Châteauguay, qui se jette dans le lac Saint-Louis à quelques kilomètres des prises d'eau.
Environnement et Changement climatique Canada prélève l'eau de ces rivières environ une fois par mois et en publie les analyses dans un jeu de données ouvert, mis à jour en continu. MTL Stats en retient six stations et vingt grandeurs. Le chiffre en haut de page est la dernière mesure ; les lignes pointillées sont les critères québécois (bleu), canadiens (rouge) et européens (ambre) quand ils existent.
Les six stations
- Châteauguay, embouchure
- Rivière Châteauguay au pont ferroviaire, juste avant qu'elle ne se jette dans le lac Saint-Louis. C'est la rivière agricole la plus proche des prises d'eau de Montréal ; les pesticides y sont dosés chaque mois depuis 2022, avec jusqu'à 0,996 µg/l de glyphosate et 1,7 µg/l de métolachlore en été.
- Outaouais à Carillon
- Rivière des Outaouais un kilomètre en aval du barrage de Carillon, à l'entrée du lac des Deux Montagnes : l'eau qui alimente les usines de l'ouest de l'île et une part du lac Saint-Louis. Suivie depuis 2004 pour la turbidité, les métaux et les nutriments ; pesticides en 2022 et 2023.
- Fleuve à Cornwall
- Fleuve Saint-Laurent à la prise d'eau de l'usine de Cornwall, en Ontario, à la sortie des Grands Lacs : ce qui entre au Québec par le fleuve. Une seule année de mesures, 2022-2023, qui montre l'atrazine des Grands Lacs entre 0,04 et 0,06 µg/l.
- Fleuve à l'île Sainte-Thérèse
- Fleuve à l'est de l'île Sainte-Thérèse, entre Montréal-Est et Varennes, juste en aval de l'île de Montréal : l'eau après son passage devant la ville, atrazine et métolachlore chaque mois depuis 2024.
- Fleuve à Lavaltrie
- Prise d'eau de l'usine de filtration de Lavaltrie, rive nord, dix kilomètres en aval de l'agglomération. La plus longue série : matières en suspension, turbidité, mercure, plomb, chlorures et nutriments chaque mois depuis 2006 ; pesticides en 2006-2007 et 2022-2023.
- Richelieu à Lacolle
- Rivière Richelieu à la hauteur de Lacolle, à la sortie du lac Champlain, juste après la frontière américaine : ce que les États-Unis envoient au Québec. Le Richelieu rejoint le fleuve à Sorel, en aval de Montréal ; il n'alimente pas la ville, mais traverse la Montérégie agricole. Station récente : oxygène, température et quelques pesticides depuis 2024.
Ce que mesure chaque courbe
- Atrazine
- Herbicide du maïs, interdit en Europe depuis 2004 mais toujours autorisé au Canada. Très soluble et persistant, c'est le pesticide le plus souvent retrouvé dans le fleuve, apporté surtout par les Grands Lacs. Critère québécois et canadien pour la vie aquatique : 1,8 µg/l ; norme européenne eau potable : 0,1 µg/l par pesticide.
- Atrazine déséthylée
- Produit de dégradation de l'atrazine, souvent aussi abondant que la molécule mère et aussi toxique. Aucun critère propre au Québec ni au Canada ; en Europe, la limite de 0,1 µg/l s'applique aux métabolites jugés pertinents.
- Métolachlore
- Herbicide du maïs et du soya, épandu au semis. Ses pics de juin et juillet dans la Châteauguay suivent directement les épandages. Critère vie aquatique : 7,8 µg/l au Québec et au Canada.
- Glyphosate
- Herbicide le plus vendu au monde (Roundup). Mesuré ici avec une limite de détection de 0,01 µg/l, mille fois plus fine que celle du laboratoire municipal. Critère vie aquatique : 800 µg/l ; norme européenne eau potable : 0,1 µg/l.
- AMPA
- Acide aminométhylphosphonique, principal produit de dégradation du glyphosate, mais aussi des détergents phosphonatés des eaux usées. Sans critère de qualité.
- Imidaclopride, thiaméthoxame
- Insecticides néonicotinoïdes, utilisés en enrobage de semences. Le critère québécois de 0,0083 µg/l, un des plus stricts au monde, protège les insectes aquatiques ; la recommandation canadienne pour l'imidaclopride est de 0,23 µg/l.
- Chlorantraniliprole
- Insecticide de la famille des diamides, de plus en plus utilisé en remplacement des néonicotinoïdes. Critère québécois : 0,1 µg/l.
- 2,4-D et dicamba
- Herbicides des pelouses et des céréales, interdits en usage esthétique au Québec mais encore courants en agriculture. Critères québécois : 220 et 10 µg/l.
- Turbidité
- Trouble de l'eau, mesuré en unités de turbidité néphélométriques (NTU) : plus l'eau porte de particules fines, d'argile, de plancton, plus la valeur est haute. Elle monte avec la fonte et les crues. C'est le premier paramètre que l'usine doit faire tomber, sous 1 NTU en sortie.
- Matières en suspension
- Masse de particules retenues par un filtre, en milligrammes par litre. Elles transportent les métaux et le phosphore ; une crue peut les multiplier par cent.
- Température
- Température de l'eau au moment du prélèvement. Elle commande la vie aquatique et la quantité d'oxygène que l'eau peut dissoudre.
- Chlorures
- Sel dissous, surtout le sel de déglaçage des routes, qui arrive avec la fonte et ne se traite pas. Critère vie aquatique chronique : 120 mg/l au Québec comme au Canada ; le fleuve est à 10-30 mg/l.
- Mercure total
- Métal toxique qui s'accumule dans les poissons. Mesuré en nanogrammes par litre, milliardièmes de gramme. Recommandation canadienne : 26 ng/l ; le critère québécois, 770 ng/l, vise le mercure dissous et ne protège pas contre l'accumulation du méthylmercure.
- Plomb dissous
- Plomb présent dans l'eau de la rivière, à ne pas confondre avec le plomb du robinet, qui vient des tuyauteries. Les critères dépendent de la dureté de l'eau, aucune ligne n'est tracée ; les valeurs se comptent en centièmes de microgramme.
- Phosphore
- Nutriment qui nourrit les algues et provoque l'eutrophisation. Critère québécois pour les rivières : 30 µg/l ; seuil eutrophe canadien : 35 µg/l.
- Nitrates
- Azote dissous issu des engrais et des eaux usées, en milligrammes d'azote par litre. Critère vie aquatique : 3 mg/l au Québec et au Canada ; la norme eau potable est de 10 mg/l.
- Oxygène dissous
- Oxygène disponible pour les poissons. Il baisse quand l'eau se réchauffe ou quand la matière organique se décompose. Critère québécois en eau chaude : 4 mg/l ; recommandation canadienne : 5,5 mg/l.
Lire les courbes
Les pesticides sont tracés sur un axe logarithmique, des limites de détection du laboratoire jusqu'aux critères, avec « non détecté » au plancher. Ils dessinent des pics de juin et juillet, après les épandages et les pluies, et presque rien l'hiver. Dans le fleuve même, l'atrazine est la seule présence constante : 0,01 à 0,04 µg/l à Lavaltrie, un quart de ce qui arrive des Grands Lacs à Cornwall, avec un net recul entre 2006 et 2023.
Ces stations ne sont pas la prise d'eau de Montréal elle-même : Carillon, Cornwall et la Châteauguay sont en amont, l'île Sainte-Thérèse et Lavaltrie en aval, et le Richelieu à Lacolle entre au Québec à l'écart. Ensemble, elles encadrent ce que la ville reçoit et ce qu'elle rend. Ce que l'eau contient après traitement est sur la page Eau du robinet, et les rivières agricoles elles-mêmes sur la page Pesticides en rivière.